A la recherche de la noblesse émigrée dans les films français concernant la Révolution française

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mercredi 1er février 2012, par Rousseau, Christophe

Le 17 juillet 1789, le comte Charles Philippe d'Artois, frère cadet de Louis XVI et futur Charles X, réputé pour ses frasques et ses débauches, quitte Versailles pour l’Italie. On sait son hostilité radicale à la transformation politique entamée dans le royaume depuis mai. Il n’a pas hésité à qualifier les députés aux Etats Généraux de « canailles » et ses thèses radicales lui valent l'inimitié du peuple. Après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, Louis XVI a refusé de se rallier aux propositions radicales du parti aristocratique que mène son frère cadet, chef de file de ces absolutistes. Il quitte donc la France pour l'étranger plus précisément d’abord pour Bruxelles puis pour Turin où il rejoint le duc de Savoie et roi de Sardaigne, Victor Amédée III, père de son épouse, Marie Thérèse de Savoie. Il est accompagné de ses enfants et de plusieurs grands seigneurs : le prince de Condé et sa famille, les Polignac, le comte de Vaudreuil, amant de Madame de Polignac, l'abbé de Vermond, confesseur de Marie-Antoinette…

Très vite, l'opprobre de la population les accompagne dans leur périple : « Ce ne fut pas sans difficulté. Ils trouvèrent partout l'horreur de leur nom, le peuple soulevé contre eux (...). La conspiration de la Cour aggravée de mille récits populaires, étranges et horribles, avait saisi les imaginations, les avaient rendues incurablement soupçonneuses et méfiantes »[1]. Ces princes sont associés à la lutte contre la Révolution et au combat en faveur de la monarchie absolue. En Allemagne, à Vienne, ou en Angleterre, ils préparent avec Charles Alexandre de Calonne, l'ancien contrôleur du Trésor, un plan pour reconquérir la France et Louis V Joseph de Bourbon-Condé, huitième prince de Condé sert même dans le corps des émigrés contre les armées révolutionnaires. La fuite de cette grande noblesse et son hostilité radicale à la Révolution apparaissent comme le trait majeur de ce groupe aristocratique auquel est associée une noblesse moyenne ou petite qui serait, elle aussi, hostile à la nouveauté révolutionnaire, à la liberté et l’égalité pour tous.

Les travaux de Jean-Clément Martin[2] ou de Philippe Bourdin[3] ont contribué à affiner la connaissance de cette noblesse dont l’exil est une « migration de maintien ». Si quelques-uns font le choix du Nouveau Monde, la plupart des émigrés n’ont mené aucune stratégie d’enracinement, affirmant au contraire leur identité française au cours de leur séjour. Fort peu sont reçus dans les cours allemandes ou autrichiennes. Les répercutions de cette fuite de la très haute aristocratie et de la noblesse plus commune sont néanmoins importantes et ont conduit la Révolution à des mesures de privation du bien des émigrés. Mais surtout le départ de ces premiers émigrés laisse la famille royale fort isolée d’abord dans son château de Versailles puis sous la surveillance des Parisiens aux Tuileries. Le retour de cette noblesse se place « dans les fourgons de l’étranger »[4] après 1814 et marque la phase de restauration du premier XIXème siècle.

Le cinéma français a contribué à entretenir cette approche négative de la noblesse émigrée. Même si le XXème siècle a produit quelques films sur le contexte de la Révolution française, ceux-ci restent néanmoins relativement peu nombreux et surtout n’évoquent que de façon très allusive la question de ces Français partis à l’étranger. Nous allons néanmoins mettre en valeur quelques traits de cette population très stéréotypée par le grand écran. Notre choix de films s’est limité à des œuvres facilement accessibles excluant ainsi les films muets du début du XXème siècle et surtout comportant des scènes mettant en valeur la phase d’émigration sa justification voire le retour d’exil.

1  Les émigrés de Coblence

Après juillet 1791, le prince-électeur de Trèves accueillit le comte d'Artois. Petit à petit, Coblence[5] devint un temps le quartier général des opposants mais à l’approche des troupes révolutionnaires lors de la première guerre des coalitions, le Prince Wenceslas fut obligé de fuir et dut quitter son territoire le 7 octobre 1794. Coblence fut donc un point de chute pour nombre de nobles qui désertèrent le royaume de France dès les débuts de la Révolution de 1789. Les émigrants arrivèrent dans la ville avec à leur tête les frères de Louis XVI. De là, ils organisèrent une contre-révolution en sollicitant l'aide armée des royaumes voisins. Une guerre s'ensuivit, menant les troupes de la jeune République française sur la rive gauche du Rhin en 1794.

C’est cela que cherche à rendre Jean Renoir (1894-1979) dans l’extrait de la Marseillaise ou chronique de quelques faits ayant contribués à la chute de la Monarchie[6] qui nous intéresse. Sorti en 1938, La Marseillaise est le second film de Jean Renoir dédié au Front populaire[7], après La vie est à nous. Le film est financé en partie par une souscription publique de la CGT[8] dont le prix-plancher était fixé à 2 francs par personne, soit le tarif d'une place de cinéma à l'époque[9]. Une première version du scénario, très ambitieuse, était prévue pour un film d'une durée de 12 heures, mais après avoir été abandonné par ses financiers, Renoir est obligé de revoir entièrement son script. Dès lors, il entreprend non pas de conter l'histoire de la chute de la monarchie comme le prévoit néanmoins le titre, mais celle de l'unification d'un peuple vers un seul et même but en s’attachant à des personnages touchants. Certes, les partis-pris du film tendent principalement à glorifier le peuple français, le courage de gens simples, riches ou pauvres qui ont affronté, ensemble, les mêmes épreuves. Cela peut expliquer le soutien apporté par le Parti communiste français, car le film est en effet très orienté politiquement. L’univers filmique de la Révolution Française s’y lit alors à l’aune des visées marxistes. Renoir n’a jamais été membre du PCF, mais il a rencontré Marguerite Houllé qui devient sa femme. Elle est fille de militants communistes et réussit à le convaincre d'épouser la cause du peuple ; elle devient sa monteuse pour ses chefs-d'œuvre des années 1930.

Mais, même si la Marseillaise est avant tout un film de commande, il a été réalisé pour l'anniversaire des 150 ans de la Révolution et constitue ainsi une vision d’un phénomène historique. Dans ce film, Jean Renoir peint des révolutionnaires semblables à des gens « très humbles….des simples troupiers »[10] et non des caricatures de personnages hirsutes, le couteau entre les dents comme le véhiculent les anti-communistes de l’entre-deux-guerres. Pour justifier ce parti-pris particulièrement audacieux pour l'époque, le cinéaste s’appuie sur toute une série de notes historiques.

Dans la scène qui nous intéresse, on découvre que le marquis de Saint Laurent, interprété par Aimé Clariond de la Comédie Française, commandant en chef de tous les forts de Marseille, s’est vu renversé par un groupe de citoyens dirigé par un certain Arnaud. Avant de devoir partir en exil, Saint Laurent a eu une discussion avec Arnaud sur la Nation et les citoyens de la France révolutionnaire. Tenant des positions traditionnelles de la société de l’Ancien régime, Saint Laurent a voulu justifier l’ordre du privilège qui le place à la tête des forteresses marseillaises et sa position au service du roi. Incrédule de la situation, Saint Laurent a demandé à Arnaud quel sort l’attendait :

- maintenant une question : qu’est ce que vous allez faire de moi ?  
- vous souhaiter un bon voyage jusqu'à la frontière, un heureux séjour en Allemagne,
et à ne plus vous revoir

Sur fond de musique militaire, le marquis salue, d’un geste de la main, Arnaud qui lui tourne le dos et s’éclipse. La tirade est très orientée puisque, placée en juin 1790, elle présuppose que le marquis veut rejoindre l’Allemagne alors que le mouvement contre révolutionnaire est plutôt alors à Turin autour du comte d’Artois qui cherche désespérément à nouer des alliances avec les souverains européens alors bien ennuyés par cet hôte gênant.

Séquence : Avril 1792. Dans un hôtel de Coblentz, des aristocrates émigrés évoquent leurs souvenirs

Après un fondu au noir, une longue scène de 7 minutes s’ouvre sur un tableau ou l’on peut lire avec une faute :

Hotel Stadt Coblentz
Messieurs les Pensionnaires
sont prié de payer
la Semaine en Avance
Coblentz April 1792 Der Wirt

La scène se joue donc à Coblence capitale du prince souverain de Trèves Clément Wenceslas de Saxe (1739-1812), devenu un des huit électeurs de l'Empire en accédant à l'archevêché en 1768. Il y fait bâtir un nouveau château sur le Rhin en 1786. La ville accueille ainsi des émigrés de plus en plus nombreux.

En 1789 et 1790, il était encore relativement aisé de plier bagages, et de passer la frontière, sain et sauf, même avec ses biens, son argenterie et son or. Il n’en est plus de même après 1791. L'Assemblée législative a par un décret du 31 octobre 1791 ordonné aux émigrés de rentrer avant le 1er janvier de l'année suivante sous peine d’être déclarés rebelles et déchus de leurs droits et un second décret rétablit l'utilisation du passeport (Décret du 1er février 1792). Les princes de la famille royale ayant refusé d’obéir, la Législative ordonna en février 1792 aux émigrés de rentrer sous peine de payer une triple contribution. Elle déclara traîtres à la Patrie tous ceux qui correspondaient avec le prince de Condé ou les autres émigrés. On enjoignit aux fonctionnaires publics et aux soldats d’arrêter les personnes qui tenteraient de sortir du royaume. On empêcha toute exportation d’espèces, d’or ou d’argent, d’armes, de munitions, d’effets, de voitures et de chevaux. Cela joua un rôle non négligeable, on va le voir, dans la « pauvreté » des émigrés. Enfin on ordonna la confiscation des biens des émigrés (le 30 mars 1792) ; puis la peine de mort pour tout émigré « pris les armes à la main ». En effet, à la frontière se massait ce qu'on appelle l'Armée des Princes, formée de royalistes, qui attendaient la première occasion pour renverser la jeune République. Et Coblence focalisa donc la menace dans le discours révolutionnaire. L’article de Christian Henke[11] montre l’importance prise par la ville dans le discours à l’Assemblée. Elle devient le symbole de la menace à abattre et pour les Jacobins, la cause principale des troubles français.

Renoir nous introduit dans le cénacle des réactionnaires par une scène qui contraste avec le discours belliciste qui règne alors en France et c’est par un air traditionnel auvergnat joué au clavecin par Mme de Saint Laurent qu’une langueur semble imprégner la pièce.

Combien j'ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance !
Ma sœur qu'ils étaient beaux les jours
De France.
Ô mon pays, sois mes amours,
Toujours.

Les paroles de cette chanson sont un long poème de François-René de Chateaubriand (1768-1848) appartenant à Romance, Souvenirs du pays de France où l’on retrouve toute la nostalgie qui plait tant aux Romantiques. En 1791, Chateaubriand s’éloigne de la France et s’embarque pour le Nouveau Monde qu’il parcourt et où l’inspiration le guide pour ses œuvres majeures. Puis il rentre en France et rejoint Coblence et l’armée des Princes, où il est blessé en août 1792 au siège de Thionville, puis décide de rejoindre l’Angleterre. On lit dans les Mémoires d’outre tombe[12] la note suivante : « Avant d’arriver à Thiers, nous traversâmes la petite rivière de la Dore ; son nom donna à M. de Chateaubriand une rime qu’il n’avait jamais pu trouver pour un des couplets de sa romance des Petits Émigrés. » (Souvenirs de Mme de Chateaubriand). La romance des Petits Émigrés est devenue, dans le Dernier Abencerage, la jolie pièce : Combien j’ai douce souvenance »[13]. Ce voyage évoqué est une sorte de pèlerinage accompli par l’auteur sur les terres auvergnates de son amie Madame de Beaumont décédée à Rome en 1803. Il se déroule en 1805. La chanson est donc ici d’un anachronisme total mais Renoir s’en sert pour établir une émotion très palpable.

La voix de Madame de Saint Laurent accompagne une longue partie de la scène où son mari déambule dans une petite pièce, assurément un salon où sont logés les émigrés. A la fin de la chanson, Monsieur de Saint Laurent exprime à sa femme les sentiments qu’il éprouve. « Madame cette chanson m’émeut profondément… ». Pendant que son épouse chantait, un gros plan a focalisé sur ses yeux tristes et sur le sentiment intériorisé qu’ils semblent exprimer là. La réponse de sa femme est tout aussi empreinte de tristesse « je vous prie de m’excuser, je ne peux la chanter sans avoir les larmes aux yeux ». Cette scène intense pleine de mélancolie contraste avec le ridicule du reste de l’action sur lequel nous allons revenir. Néanmoins la réplique de Monsieur de Saint Laurent prête à sourire lorsqu’il dit « elle me rappelle notre Provence » sachant que la composition fut auvergnate ! Pour autant cette humanité et ces sentiments de Monsieur de Saint Laurent tranchent surtout avec le reste de l’aréopage présent dans la scène. La première partie de cette scène montre des nobles désœuvrés. On joue aux cartes, aux dominos. Un jeune aristocrate maladroit s’essaye à l’émigrette. Il s’agit de l’ancêtre du yoyo, le bandalore découvert en Angleterre au XVIIIème siècle par les émigrés qui le ramènent et le popularisent sous le nom de joujou de Normandie ou émigrette. Dans sa culotte et son justaucorps, le jeune homme la main sur la hanche a l’air particulièrement raffiné avec sa perruque poudrée. Il est le seul jeune homme de l’assemblée qui regroupe hommes et femmes. Très vite à la fin de la chanson, la conversation s’échauffe autour de la situation politique.

En 1791, les émigrés français fomentaient des projets d’invasions et imaginaient, avec quelques troupes, de soumettre Paris qui, pour eux, était dominé par quelques groupes d’agitateurs. L’assemblée législative prit alors à leur encontre successivement deux décrets (octobre puis novembre 1791) mais une suspicion importante régnait sur le roi. La confiance n’était plus là depuis la fuite à Varenne et surtout on imaginait qu’il voulait rejoindre ses frères puis rentrer en France avec les armées étrangères.

Louis XVI prit alors un décret contre l’un des princes rhénans, l'électeur de Trèves et vint le 14 décembre 1791 annoncer à l’Assemblée qu’il ordonnait à ce prince de chasser les émigrés de ses possessions[14]. Le roi semblait donc engagé dans un courant belliciste tout en espérant que l’empereur Autriche, soutenant l’électeur de Trèves, se lance alors dans une opération contre la France. Léopold II, le frère de Marie-Antoinette n’engagea pas ses forces dans un conflit se contentant de renouveler à deux reprises la déclaration de Pillnitz[15] provoquant la colère des patriotes. Le parti de la guerre qui se renforça à l’assemblée et à la cour obtint que le 25 mars 1792, un ultimatum fut remis par la France à son successeur[16] « François II, roi de Bohême et de Hongrie »[17] pour faire disperser les rassemblements d’émigrés en Rhénanie. Le tout nouveau souverain repoussa la demande. Le 20 avril 1792, Louis XVI se rendit alors à l’Assemblée législative et proposa de déclarer la guerre à l’Autriche.

La conversation de nos émigrés de Coblence doit donc mettre en valeur la menace qu’ils représentent dans le discours politique français, même si Renoir a fait le choix de jouer un certain ridicule à l’affaire. Premier temps : une jeune femme à fort accent germanique qui écoutait la chanson auprès du clavecin s’enthousiasme voulant réconforter Monsieur et Madame de Saint Laurent pour qui l’exil est long. « Le temps des regrets est passé, vous allez la retrouver votre France ! Quand ? Dans trois semaines ! »

L’émigration de nombreux officiers nobles a profondément désorganisé l’armée française au point que La Fayette et les principaux généraux, considérant la situation catastrophique, sollicitaient le roi pour demander la paix : une trêve de trois mois fut donc conclue dès le mois de mai 1792. Nos émigrés sont donc très remontés. Renoir combine leurs discours qui contrastent avec un certain pessimisme de Monsieur de Saint Laurent. Une ponctuation marque même un tournant dans la scène lorsqu’une jeune femme de dos pousse un « enfin ! » qui ressemble plus à un soupir qu’à un adverbe de triomphe. Une jeune femme interroge alors un très vieux noble, un Monsieur de Boishue, lui demandant s’il fera campagne dans sa compagnie ou s’il sera affecté à l’état major des princes. En effet, il a été constitué un groupement militaire hétéroclite où l’on trouve des aristocrates issus de l’armée royale, des troupes payées grâce aux différents subsides que réunissent les frères du roi. Les actions de cette force restèrent très faibles et seul le corps de troupe dirigé par le prince de Condé eut une action significative. Renoir cherche donc à jouer sur le ridicule d’un noble d’épée d’un âge avancé alors qu’alentour de jeunes hommes jouent aux cartes.[18] Par ailleurs l’homme se plaint de l’état de ses chaussures « qui baillent avec insolence mais pour le service de sa majesté on peut bien aller pieds nus ». On imagine difficilement ce personnage allant sur les routes combattre alors qu’il a demandé à « rester dans le rang ». Un de ses voisins, Monsieur de Fougerolles, occupé à jouer aux cartes, se retourne et lui lance « Vos chaussures tiendront bien jusqu’a Paris. Cette expédition ne sera qu’une petite promenade ». Cela traduit l’engouement de ces aristocrates pour l’armée des émigrés dont on estime qu’elle comportait en 1792 prés de 5200 officiers débauchés de l’armée royale pour une population d’émigrés de 10 à 15 000 français refugiés dans l’électorat de Trèves. L’idéal d’une victoire est très affirmé ici au point que deux personnages se succèdent pour le justifier auprès des autres. La jeune femme à fort accent allemand décrit, telle une scène mystique, l’avancée et le triomphe du comte d’Artois face aux villes françaises.

Je vois d’ici son altesse le comte d’Artois se présentant devant les villes assis nonchalamment entre Melle de Poulterie et Mme Delages. Devant lui les portes s’ouvrent et la population à genou lui présente les clefs. Le peuple enfin délivré acclame avec amour le drapeau blanc et les fleurs de lys.

Ce genre d’entrée royale nous rappelle que, au sein des émigrés, la popularité de Charles comte d’Artois[19] était très significative et beaucoup d’ailleurs combattaient pour lui plus que pour Louis XVI ou a fortiori pour le comte de Provence[20] auquel on imaginait au mieux un rôle de régent.

Monsieur de Fougerolles se lance alors dans une diatribe : « et même s’il y a combat, les révolutionnaires ne tiendront pas. On ne fait pas la guerre avec une armée de savetiers, de tisserands et d’avocats ». Le propos est construit sur le dédain d’un grand aristocrate vis-à-vis du troisième ordre de la société qui a pris en main la révolution. Renoir construit alors un dialogue politico-historique entre De Fougerolles et De Saint Laurent. Ce dernier explique « qu’on n’a pas toujours battu les Français et qu’il sauront disputer le terrain. » Expulsé de son fort Saint-Nicolas, Saint Laurent incarne donc une noblesse plutôt lucide et patriote. A l’inverse, la succession des intervenants crée un argumentaire contre révolutionnaire au ton décalé voire choquant en cette année 1937. De Fougerolles, personnage poudré et maniéré, joue alors un aristocrate à l’ancienne. C’est l’art de la conversation qui faisait l’art de cour. Il utilise donc des arguments historiques pour placer son effet voulant dénigrer la population qui l’a forcée à fuir.

Et à Rosbach[21], pendant la guerre de sept ans, ont-ils vraiment su disputer le terrain devant les Prussiens ? Vous connaissez le quatrain à propos du maréchal de Soubise :

« Soubise dit, la lanterne à la main : 
J'ai beau chercher, où diable est mon armée ? 
Elle était là pourtant hier matin.
Me l'a-t’on prise ou l'aurais-je égarée ?[22] ? »

Eh bien aujourd’hui ces Prussiens sont avec nous et nous sommes commandés par le duc de Brunswick, le grand vainqueur de cette même guerre de sept ans !

Ce discours est complété par une intervention d’une extrême virulence. Une femme de la noblesse mais à la gouaille particulière explique alors son soutien aux Prussiens.

Moi c’est bien simple j’adore les Prussiens et depuis le jour béni ou j’ai appris qu’ils marchaient avec nous, je cherche toutes les occasions de les acclamer ! J’ai eu la joie et l’honneur d’approcher sa majesté le roi de Prusse a Pillnitz. Mais peut être vous l’ai-je déjà raconté (l’entourage approuve béatement)… Eh bien voila un homme, un véritable Achille, un Agamemnon qui pèse au moins ses 200 livres et le jacobin le plus borné après l’avoir vu n’oserait plus prétendre que les hommes sont égaux. Vive la Prusse et vive les Prussiens !

Le spectateur à la sortie du film ne peut manquer de réagir à cette longue tirade très théâtrale. La guerre de 1870 contre les Prussiens et celle de 1914-18 avec l’Allemagne achevée à peine 20 ans plus tôt sont au cœur de l’histoire de la vie des Français de la IIIème République. On ne peut donc appréhender ces personnages qu’avec une inimitié évidente. Comportement hautain, discours pro-prussien, la scène serait aberrante si le contraste ne jouait avec Monsieur de Saint Laurent qui rejette tout lien avec une Prusse ancien ennemi et surtout de religion réformée. Il conclut par un « c’est le mariage de la carpe et du lapin »[23] signifiant ainsi que c’est une alliance saugrenue, une union mal assortie. De Fougerolles en aristocrate pragmatique et intéressé justifie cette alliance par le soutien financier que le roi de Prusse accorde à la noblesse refugiée en Allemagne et par l’aide militaire qui leur permettra de rentrer en France. De Saint Laurent est ulcéré par ce discours et rétorque en réaffirmant la pureté des idéaux de grandeur du pays qu’il défend. De Fougerolles joue à nouveau les hautains en répliquant que ces « scrupules sont bons pour des petites gens, des paysans des artisans qui vivent confinés sur quelque point de terroir. Ils ne peuvent avoir aucune largeur d’idée… on comprend que ces gens là se gargarisent du mot Nation…leur Nation c’est la réunion de la canaille contre les gens de qualité ! ». 
Derrière cette querelle patriotique, on ne peut s’empêcher de projeter les tensions de la société française Elle est confrontée dans les années 1930 à la montée de la menace allemande. De plus la France montre, à l’aune du Front Populaire, le visage des inégalités au sein de la société,[24] en particulier les résistances de la bourgeoisie à toute amélioration du sort des classes prolétaires défendues par le PCF. L’extrait ne peut manquer d’avoir ici donc une résonnance immédiate. Néanmoins la dispute entre un noble progressiste et un aristocrate réactionnaire est interrompue pour régler un différent « de la plus haute importance. A Versailles pendant la 3ème figure de la gavotte, regarde-t-on à droite en allant à droite ou bien à gauche ? » De Fougerolles après une gestuelle très ampoulée, avoue qu’il a oublié. Il retrouve donc ici ses airs de noble de cour. De Saint Laurent quelque peu écœuré par ce microcosme préfère prudemment se retirer. On demande donc à Boishue présenté comme « un pilier de Trianon » qui rappelle l’étiquette et tout ce petit monde danse sur la musique du clavecin.

La scène se construit donc autour d’un vrai décalage de compréhension de cette aristocratie qui préfère soutenir l’ennemi dont elle tire des revenus pour survivre au lieu d’essayer de percevoir la société française révolutionnaire dans la réalité de sa transformation. Hormis Monsieur De Saint Laurent qui s’interroge et qui malgré son idéal reste lucide, cette aristocratie est donc présentée comme hautaine et dédaigneuse, prête à toutes les compromissions pour maintenir ses privilèges.

Le 6 juillet 1792, la Prusse entrait en campagne aux côtés de l’Autriche, et l’Assemblée proclame « la Patrie en danger ». Le manifeste de Brunswick, attribué au commandant des forces austro-prussiennes, connu à Paris le 1er août, promettait « une exécution militaire et une subversion totale » s’il était fait la moindre violence à la famille royale. Cette proclamation contribuait à précipiter les événements du 10 août 1792 qui aboutissent à la suspension du roi, pendant que les armées austro-prussiennes du duc de Brunswick pénétraient en France. La Convention nationale ordonna le 23 octobre 1792 le bannissement à perpétuité du territoire de la République pour les émigrés, et condamna à mort ceux qui rentreraient. Les émigrés, pris les armes à la main, avaient été déjà, par un décret précédent, condamnés à la même peine et neuf d’entre eux guillotinés sur la place de Grève[25]. Alors que cette guerre avait été voulue par lui, le roi en subit les conséquences car il était associé à ces émigrés qui luttaient contre la France. Le député de l’Isère et président de l’Assemblée Nationale Jean Baptiste Aubert-Dubayet dans son discours du 6 mars 1792 s’interrogeait si « Louis XVI est le roi des Français ou de Koblence ». Les machinations des émigrés jetaient un profond discrédit sur le roi. C’est aussi largement le résultat de l’épisode de juin 1791. 

2 La fuite du roi

«  Dans les révolutions, ce ne sont pas les révolutionnaires qui gagnent, ce sont les réactionnaires qui perdent[26] ». Dans son film, Jean Renoir a donné à Louis XVI, joué par son propre frère Pierre Renoir, un rôle modéré bien qu’entouré de réactionnaires telle Marie-Antoinette. La situation confuse des actions du roi n’a cessé d’entretenir l’idée de la fausseté du rattachement de Louis XVI à la Révolution et la fuite à Varenne sembla incarner après le départ de ses frères, outre la trahison du roi, le signe de sa désacralisation par la forme de cette émigration que nous observons. Une approche atypique peut être travaillée à partir de la comparaison du film du bicentenaire La Révolution Française : les années Lumière et du film D’Ettore Scola, la nuit de Varenne.

Séquence : Départ précipité du comte d’Artois et adieux déchirants de Marie-Antoinette

Les années Lumière[27] est un film de Robert Enrico sorti en 1989 qui relate les événements qui se déroulent entre 1789 et le 10 août 1792. S'il fut un échec commercial, malgré les énormes moyens mis en œuvre et la distribution internationale[28], le film est devenu un classique très pédagogique et la chronologie est dans l'ensemble respectée même si l'on a affaire dans la majorité des cas à des images dites d'Epinal. Deux scènes nous permettent de faire le lien avec le thème des émigrés. La première, juste après la prise de la Bastille, voit le départ précipité du comte d’Artois. Dans une scène précédente où Necker analysait la situation pour le roi Louis XVI, le comte d’Artois frère du roi explique violemment que « l’autorité est tout ce qui reste et par la force si nécessaire ». Il est donc placé dès le départ dans le camp réactionnaire qu’il incarnera jusqu’à son abdication en 1830 et son carrosse quitte Versailles si vite qu’on a à peine le temps de l’apercevoir penché à la portière regardant la reine qui voit partir ses proches. Elle aussi est présentée comme fine politicienne qui fait œuvre en sous-main de contrer la Révolution en jouant sur le temps pour rétablir l’ordre ancien. Sur le côté du palais, un carrosse attend Mme de Polignac qui part pour Bâle le 16 juillet. Les Polignac forment autour de Marie-Antoinette « le parti de la reine », ce qui nuit déjà à la réputation de cette dernière que l’on surnomme l’Autrichienne. Violemment insultée par de nombreux pamphlets, Mme de Polignac incarne une aristocratie puissante bénéficiant des largesses du souverain. Elle cherche dans cette scène à persuader la reine que le roi doit se réfugier à Metz. Les adieux sont déchirants[29] et donnent l’occasion au réalisateur de jouer sur les relations saphiques de la reine. La scène s’achève lorsque sur le perron, Marie-Antoinette rejoint la princesse de Lamballe qui, elle, ne veut pas partir, « ma très chère, ma fidèle amie »[30]. L’érotisme de la scène est palpable entre larmes et doux baisers mais l’on a surtout l’impression d’un véritable abandon.

Séquence : la fuite de Louis XVI à Varennes

Dès 1789, l’idée du départ du roi fut envisagée. En particulier à l’occasion de l’invasion de Versailles, on proposa à Louis XVI de fuir mais celui s’y refusa redoutant sans doute que la situation ne dégénère. Il fit alors le choix de venir à Paris et s’installa au Palais des Tuileries. Néanmoins il autorisa son entourage et celui de Marie-Antoinette, en premier lieu Axel de Fersen, « l'intendant », à lui soumettre un plan d'évasion, minutieusement préparé[31] pour fuir le palais. Beaucoup de ses partisans le déclaraient « prisonnier » depuis sa rentrée à Paris. Un épisode précipita le choix de la fuite. Le 18 avril 1791, il voulut, publiquement, se rendre à Saint-Cloud pour y faire ses Pâques. A l’occasion de la messe des Rameaux, il pensait sans doute en profiter pour se confesser à un prêtre non-jureur car le débat sur la Constitution civile du clergé avait profondément envenimé la situation.

C'est dans la nuit du 20 au 21 juin qu'il s'enfuit avec les siens. Le 20, il a fait présenter à l’assemblée son testament.[32] Il y défendait le principe de la monarchie constitutionnelle et acceptait les acquis de la révolution, les libertés et les droits de l’homme. Il n’apparaissait donc pas comme un nostalgique de l’ancien régime. Néanmoins il partait après avoir rédigé une longue justification, où il énumérait les griefs qui l’empêchaient d’exercer ses fonctions de monarque. Le but était de rallier discrètement la place forte de Montmédy, pour y rejoindre le marquis François Claude de Bouillé (1739-1800), général en chef des troupes de la Meuse, Sarre et Moselle, connu pour son attachement à Louis XVI et par la répression de la garnison de Nancy le 31 août 1790. Il était co-organisateur du plan d'évasion avec Axel de Fersen (1755-1810) un favori du couple royal sur lequel on a beaucoup glosé, lui prêtant une relation avec Marie Antoinette. Le stratagème de la fuite consistait à se faire passer pour l'équipage de la baronne de Korff, veuve du colonel russe, qui se rend à Francfort. Louis XVI se déguise alors en valet de chambre accompagné de deux enfants, d'une femme (Marie-Antoinette). Mais rien ne se déroula comme prévu. Ce même 20 juin 1791, le comte de Provence quittait également sa résidence surveillée. Déguisé, muni d'un passeport anglais, il se réfugia sans encombre à Bruxelles puis à Coblence, capitale de l’électorat de Trèves, où il retrouvait son frère Charles.

Le film de Robert Enrico choisit de ne traiter que la partie finale de la fuite à Varennes. Au petit matin, on réveille Lafayette : le départ du roi est découvert. Le marquis, chef de la garde nationale, se précipite alors aux Tuileries où une scène permet de rendre la haine sourde[33] d’une partie de la population envers la famille royale. Un panneau est accroché à la grille indiquant « logis à louer » et La Fayette est hué car on lui reproche d’avoir « laissé filer le gros Louis et sa putain d’autrichienne ». Si Louis XVI avait acquis le surnom bienveillant de boulanger, Marie-Antoinette[34] a toujours été l’objet de tensions et de haine qu’on rattache à cette appellation d’Autrichienne. Avec la fuite de Louis XVI, La Fayette perd son crédit auprès de la population et il retrouve Bailly[35], inquiet et qui très vite pose le problème politique. La fuite du roi remet en cause toute l’évolution politique de la Révolution depuis mai 1789. Elle porte atteinte à la future Constitution qu’on a mis si longtemps à rédiger et qui élabore la monarchie constitutionnelle. Elle dévoile l’opposition de Louis XVI monarque absolu qui refuse la rénovation de la société française et fait la part belle à ceux qui souhaitent une action plus radicale contre la monarchie.

L’inquiétude de Bailly repose sur l’idée que s’il passe la frontière, il reviendra avec une armée d’émigrés et ce sera la guerre civile. La menace des groupes aux frontières et surtout à Coblence semble donc prise très au sérieux. Il faut donc agir et le temps de réunir les représentants de la nation est trop long : c’est donc La Fayette qui tel un héros de film américain prend l’initiative d’une missive afin d’agir au « nom du salut public ». Sam Neil y ressemble plus à un shérif qui doit agir contre des vilains et imagine donc la théorie de l’enlèvement du roi.

Les ennemis de la révolution ont enlevé le roi. De ce fait, le porteur de ce message est chargé d’avertir tous les bons citoyens au nom de la patrie en danger de le sauver de leur main et de le ramener en sécurité à l’assemblée nationale. Je prends moi-même la pleine responsabilité du présent ordre.

Si l’on connait bien la formule de la Patrie en danger à partir des discours de Georges Danton avec la guerre votée en 1792, on oublie que l’appellation est plus ancienne et fut utilisée par les révolutionnaires pour justifier la confiscation des biens des émigrés.[36] Le jour même, l’assemblée constituante adoptait un « décret au sujet de l’enlèvement du roi et de sa famille » signé d’Alexandre de Beauharnais[37] qui corroborait la thèse du kidnapping. La fiction de l'enlèvement du roi permettait à l'Assemblée d'ordonner en dépit de l'inviolabilité de la personne royale, que Louis XVI soit arrêté et ramené à Paris. Rapidement les mesures prises prévoyaient que les frontières soient fermées : « ordre[...]d'arrêter ou faire arrêter toutes personnes quelconques sortant du royaume comme aussi d'empêcher toute sortie d'effets, armes, munitions ou espèces d'or ou d'argent, chevaux, voitures, munitions ». Les « fonctionnaires publics ou gardes nationales et troupes de lignes seront tenus de prendre toutes les mesures nécessaires pour arrêter ledit enlèvement ». Des courriers partirent donc diffuser la nouvelle dans les départements.

On connait bien les circonstances de l’arrestation de la berline. Le lourd véhicule n’a cessé d’être retardé. Le maître de poste de Sainte-Menehould, Jean-Baptiste Drouet, qui a séjourné à Versailles et qui, selon la légende, compare le visage du « valet de chambre » à l’effigie royale d’un écu, reconnaît le roi. Après décision de la municipalité, il part avec son ami Jean-Chrisosthome Guillaume pour rejoindre Varennes-en-Argonne. La voiture y est immobilisée suite à une erreur de relai, et Drouet et Guillaume[38] avertissent le procureur-syndic[39], l’épicier Jean-Baptiste Sauce, que la voiture de la famille royale en fuite est arrêtée en haut de la ville. Les voyageurs sont contraints de descendre. On les fait entrer dans la maison de l’épicier qui est à quelques pas. Jean-Baptiste Sauce est allé chercher le juge Destez qui a vécu assez longtemps à Versailles, et qui reconnaît formellement le roi.

La scène prend des airs de Far-West lorsque l’on observe Dominique Pinon qui interprète le maitre de poste Drouet. Il est présenté comme le pourfendeur de la monarchie qui impose au syndic d’agir contre la berline. Alors que les passagers entrent chez l’épicier et que Louis XVI n’est encore que M. Durand, l’intendant de la baronne de Korff, Drouet est de dos, se retourne et joue les redresseurs de tort. Faisant sauter le louis dans sa main, il s’approche du roi sourire aux lèvres, le toise d’un « Bonsoir sire » avec un zozotement aux limites du ridicule.

Séquence : A la poursuite de la Berline de Louis XVI jusqu’à Varennes

L’approche choisie par Ettore Scola est moins historique puisque le scénario de Sergio Amidei repose sur les aspects romanesques du livre de Catherine Rihoit[40]. Claude Manceron, auteur de romans historiques, surtout connu pour ses ouvrages, Les hommes de la liberté[41], qui relatent le règne de Louis XVI de 1774 à 1789 est le conseiller historique. Le film est une chronique du temps ordinaire que télescope l’histoire, une approche de la vie d’un petit groupe de personne confrontées à un événement qui, comme dans Une journée particulière sur le fascisme, les dépasse, les encercle et les ouvre sur Il mondo nuovo[42]. Il fut d’ailleurs récompensé par l’Académie du cinéma italien d’un David di Donatello.

L’écrivain libertin Restif de La Bretonne est le témoin du départ, en pleine nuit et depuis le Palais Royal, d’un mystérieux carrosse. Intrigué, Restif se lance à sa poursuite en rattrapant la diligence de Metz. Il fait alors le voyage en compagnie de personnages très différents dont le chevalier de Singalt, Giacomo Casanova (1725-1798) magistralement interprété par Marcello Mastroianni, l’auteur anglo-américain observateur de la Révolution, Thomas Paine (Harvey Keitel) ou une cantatrice italienne Virginia Capacelli (Laura Betti). Si ces regards sur la révolution française sont étrangers, les Français du voyage offrent un panel d’opinions contrastées face aux évènements qui se sont déroulés depuis 1789. Daniel Gélin y incarne l’industriel De Wendel,[43] partisan des acquis libéraux. A l’occasion d’une halte, les voyageurs doivent descendre pour gravir une pente trop raide pour le véhicule très chargé. A proximité se trouve un groupe de charbonniers qui produisent du charbon de bois. De Wendel et un autre passager, le magistrat De Florange, débattent de la situation économique et sociale en particulier des grèves qui touchent de plus en plus des ouvriers. De Florange semble hostile à un trop grand développement de l’industrie et De Wendel dénonce les influences du Club des Cordeliers qui œuvre pour une plus grande redistribution financière. La conversation a lieu sur un air de Mozart entonnée par Casanova et la contre alto Capacelli. Au terme de son interprétation, Casanova se lamente sur la disparition de sa « douce et belle France ». Il est violemment pris à parti par Émile Delage, un étudiant révolutionnaire qui lui interdit de parler. Cette société française de 1791 est profondément heurtée entre les traditions usuelles et les attentes d’un changement radical.

Deux personnages nous ramènent à la thématique des émigrés. Le premier est la Comtesse Sophie de la Borde[44]. C’est l’épouse d’un des fils de Jean-Joseph de Laborde[45], banquier et fermier général sous Louis XV. Le second est son coiffeur au style très efféminé, Monsieur Jacob.

La diligence suit la même route que la berline de Louis XVI. Chemin faisant, le bruit de la fuite du roi se confirme et les masques tombent. Progressivement, la comtesse de Laborde se révèle être un acteur dans la fuite du roi. Elle trouve les restes d’un déjeuner sur l’herbe et y ramasse un mouchoir, qu’elle plie avec attention, assurément signe de l’avancée du roi qui fuit. Puis dans la diligence pour Châlons, elle insiste sur l’amour du peuple pour son roi refusant d’entendre les arguments de Restif de la Bretonne qui argumente sur la contestation populaire. Toute à son imaginaire mystique, la comtesse évoque avec émotion le voyage royal à Cherbourg le 21 juin 1786 à l’occasion de l’inauguration du port militaire.

Les hourras de 20 000 citoyens couvrirent les salves de 600 canons…Si vous l’aviez vu à Cherbourg dans son manteau rouge. C’était mon roi, c’était mon idéal, c’était ma religion !

Elle sort alors une trousse qui contient les médaillons des portraits de la famille royale. Cette aristocrate qui a fréquenté la cour fait montre d’une dévotion religieuse pour les souverains. Les réactions sont très diverses à l’ouverture du reliquaire. Alors que le magistrat De Florange observe d’un œil bienveillant, Restif de la Bretonne détourne rapidement les yeux et par curiosité, Thomas Paine demande à les regarder. Il y a dans cette France de 1791 une approche triple de la monarchie. La musique de hautbois qui étaye la présentation des médailles par la comtesse Sophie inspire une religiosité liée indubitablement à la sacralité de la personne royale. Louis XVI et la famille royale incarnent, de par le sacre, un monde hors du commun des mortels que seuls quelques privilégiés peuvent approcher et vénérer. Une autre partie de la population considère que la Révolution ne doit pas tout ébranler et craint les débordements de la foule et les revendications républicaines des Jacobins : ce sont les Monarchiens. Enfin pour une partie de l’opinion publique, le roi n’est plus crédible. Ses choix politiques (usage du veto) et son entourage ont décrédibilisé la monarchie et beaucoup sont convaincus que le roi n’attend que de rétablir l’absolutisme en France dont il est le souverain par grâce divine. L’enlèvement royal n’est pas crédible et la fuite incarne donc le désamour profond entre la nation et de son roi qui a choisi de rejoindre ses frères et revenir à la tête de l’armée des émigrés.

Quand la diligence arrive à Varennes, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants sont en état d'arrestation dans la maison de M. Sauce, modeste marchand d'épices et de chandelles. Ettore Scola fait alors le choix d’une représentation du roi et de la reine très impressionnante. Regroupés dans une pièce à l’étage, la famille royale n’est vue que depuis un escalier où une foule se presse formant un véritable obstacle pour la comtesse Sophie et monsieur Jacob. Par un interstice, ils aperçoivent les bottes du roi et le bas de la robe de la reine. On ressent avec eux l’oppression de la foule qui tient le roi désormais prisonnier, on entend la colère de Marie-Antoinette lorsque le représentant de l’Assemblée Nationale, le lieutenant Jean-Louis Romeuf (1766-1812), aide de camp du marquis de La Fayette, remet au roi le décret qui annule ses pouvoirs et l’oblige à retourner à Paris. D’une voix monocorde, Louis XVI après avoir lu le décret de l’Assemblée dit « En France il n’y a plus de roi ». « Frechheit », « Quelle impudence ! » hurle la Reine dont on a déjà vu l’hostilité à toute faiblesse face à la révolution. La fuite a échoué, Louis XVI semble s’abandonner à son sort et laisse glisser le décret dans le lit du seul personnage dont on peut voir le visage. Il s’agit du dauphin le jeune Louis-Charles (1785-1795) qui dort. Marie-Antoinette jette alors au sol le document qui signe sa défaite refusant qu’il souille le corps de son fils assoupi. Cette technique qui consiste à ne pas montrer les protagonistes mythifie encore plus la Famille royale d’autant que le seul visage est celui du dauphin victime innocente de la Révolution. Scola complète cela par deux scènes qui rendent compte de la situation des émigrés face à la France révolutionnaire. Une scène très tendue montre la difficile avancée de la comtesse et de monsieur Jacob, le coiffeur, au sein d’une foule de paysans armés de leurs fourches pour s’éloigner de la maison du procureur Sauce. Elle laisse imaginer une avancée vers la guillotine instaurée contre les ennemis de la Révolution. Les deux personnages se livrent ensuite dans la pièce où ils ont trouvé refuge à la reconstitution du costume royal qu’ils avaient emporté pour l’émigration du souverain. Face à un pantin habillé par monsieur Jacob, la comtesse accomplit une révérence parfaite en murmurant un Majesté qui rend toute la force de sa dévotion. Il y a une obsession des apparences, une incompréhension de la situation qui est amplifiée hors de France par un groupe d’émigrés qui idéalisent la monarchie et son faste. En février 1792, Axel de Fersen rentrait en France et rencontrait la reine, puis le roi, en secret pour leur faire part de son plan d'évasion par la Normandie, Louis XVI refusa toute nouvelle tentative de fuite.

3 Les conditions du retour

Le 21 janvier 1793 le roi Louis XVI montait à la guillotine. Monsieur son frère, Louis Stanislas se proclamait alors Régent au nom du jeune dauphin Louis qui meurt en 1795. Il devint donc le détenteur du titre monarchique mais prétendant bien gênant balloté au gré de la politique européenne. Les coups d’état manqués des royalistes et le règne de Napoléon laissaient peu d’espoir pour une restauration de la monarchie des Bourbons. Pour une large part des émigrés néanmoins, une possibilité de retour s’ouvrit sous le consulat. La situation évolua pourtant progressivement. La loi sanctionnait ceux qui s’attaquaient au régime comme dans le cas de l’attaque de Toulon. Le décret du 26 fructidor an V (12 septembre 1797) donnait « l’ordre aux émigrés qui sont dans Paris d’en sortir ». L’assouplissement des mesures permit alors un premier retour. On raya des noms de la liste des émigrés et ceux qui rentraient se soumettaient au nouveau régime en place[46].

Le cinéma illustre peu le retour d’une aristocratie qui rentre dans les rangs mais montre plus volontiers les comploteurs qui veulent renverser le régime. Il pose aussi la question de la restauration. Dans Chouans[47] de Philippe de Broca, sorti en 1988, Aurèle, fils naturel du Comte Savinien de Kerfadec rentre en France après un séjour américain. Le scénario le fait devenir, un peu malgré lui, un acteur majeur de la lutte aux côtés du Baron de Tiffauges ou d’Olympe de Saint-Gildas qui soulèvent la Bretagne contre les Républicains. La scène de son retour de nuit est l’occasion d’apercevoir dans l’auberge où il cherche abri un groupe de comploteurs émigrés rentrant d’Angleterre avec fusils et munitions pour armer la résistance en Bretagne et en Vendée.

Dans les Mariés de l’an II (1971), Jean-Paul Rappeneau construit une comédie où Nicolas Philibert est un candidat au divorce entraîné malgré lui dans la Révolution française. Ayant fui la France pour l’Amérique avant la révolution pour avoir occis un noble, il rentre en France avec l’objectif de divorcer de sa femme Charlotte pour épouser une riche héritière de Caroline du Sud. Il entend bien aussi vendre le grain de son futur beau père et faire des affaires. Mais Charlotte est désormais la compagne du marquis Henri de Guérande. Il s’ensuit une longue cavalcade où l’on passe du camp républicain au camp royaliste. Deux scènes sont une illustration intéressante de l’image des émigrés. A son arrivée à Nantes, où règne la disette, son bateau manque d'être canonné avant qu'on annonce qu'il amène du blé. Accueilli avec enthousiasme par la population, Nicolas Philibert est néanmoins accusé par le principal magistrat de la ville de vouloir empoisonner la population et il est arrêté. La suspicion est de mise face à ce qui provient de l’extérieur. Dans une deuxième scène, Rappeneau joue sur le registre de la farce. Au milieu d’une rivalité amoureuse entre les différents protagonistes, un prince arrive pour organiser la contre-révolution. Il lit alors un discours, une lettre émanant du roi s’adressant à chacun.

Chers et loyaux sujets, la nuit s’est abattue sur nos villes et nos chaumières mais Dieu verra refleurir nos lys. Déjà le jour se lève aux frontières du royaume, les souverains d’Europe volent à notre secours la république chancèle sous leurs coups. Autriche et Prusse sont en Alsace, Espagne franchit les Pyrénées, mais c’est Vous, Combattants de Bretagne et de Vendée, qui porterez le coup fatal aux ravisseurs du trône et de l’autel. Vos premières victoires en annoncent de plus hautes. Aujourd’hui votre devoir est clair. Marchez sur Nantes prenez la ville, donnez un port à la flotte anglaise…

On y retrouve traditionnellement les thèmes de la lutte contre la Révolution. La victoire est a portée de main. Le soutien divin est acquis face à la révolution qui a rejeté Dieu et surtout l’appui des monarques étrangers doit permettre la reconquête du territoire même si sur le terrain, l’an II (1793-94) se traduit plus par un recul des forces contre révolutionnaires : reprise de Lyon, défaite des Vendéens à Cholet en octobre puis défaite du Mans en décembre 1793 ou encore victoire de Fleurus le 26 juin 1794 qui ouvre les portes des Pays-Bas autrichiens. Le paradoxe tient peut être aux opérations anglaises qui attaquaient Toulon en décembre 1793 puis s’emparaient de la Corse y constituant le royaume anglo-corse jusqu’à sa reprise en 1796. C’est en Angleterre que Louis XVIII dut trouver refuge après son séjour prussien puis russe. Vainqueur des royaliste à Toulon, le général Bonaparte devint le maitre du nouveau régime et à une lettre naïve du comte de Provence qui lui demandait personnellement de travailler à son rétablissement, il répondit sans ambages : « Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France, il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres. » Le régime impérial se satisfaisait du retour d’une partie des émigrés qui acceptent le « retour à la normale » de la situation française. Il subissait pourtant les attaques des royalistes tel Cadoudal. Alors que l’attentat de la rue Saint-Nicaise déclenchait la répression de la police de Foucher et des tribunaux (19 inculpés dont Cadoudal sont condamnés à mort), la mobilisation des nombreux aristocrates déjà rentrés d'émigration décidait Bonaparte à gracier tous les condamnés nobles.

Le vrai problème semblait donc plutôt celui du retour des Bourbon en France et de la restauration monarchique. C’est le thème central du film Le souper réalisé par Edouard Molinaro et sortie en 1992. Le tête-à-tête de Foucher le révolutionnaire et de Talleyrand le royaliste pendant le souper du 6 juillet 1815 pose en permanence la question de l'avenir du pays. On s’y dit des vérités sur les princes de la famille royale mais ils n’apparaissent pas. La vision la plus satirique du retour des Bourbons se trouve dans le film de Sacha Guitry Le diable Boiteux[48]. Le film est une vision personnelle de Guitry « conçu, dialogué et interprété par l’auteur »[49]. Il y incarne Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord dans sa relation à l’empereur Napoléon Ier et surtout aux deux Bourbons qui règnent ensuite : Louis XVIII et Charles X. Le retour d’émigration des deux hommes est présenté de façon très ridicule à l’occasion de plusieurs scènes. « Ce Cher Louis XVIII pauvre monarque errant », c’est ainsi que Guitry agrémente une scène où les Bourbons arrivent avec leurs bagages à Mitau. Une femme de service annonce « Sa majesté Louis XVIII ». Louis XVIII est joué par Henri Laverne connu dans les années 30 comme le membre du duo comique Bach et Laverne. Il est l'un des acteurs fétiches de Guitry. Il n’y a donc pas de réalisme historique dans son interprétation du roi ses premières paroles de la scène étant « Oui ah ! Il est beau le roi Louis XVIII ! ». Quant à son frère Charles X, c’est Maurice Taynac, comédien de théâtre filiforme surtout connu en 1949 pour avoir interprété Fantomas. La scène est donc à prendre au sens de la farce mais la dernière réplique joue le registre du tragicomique puisque constatant son exil permanent, Louis XVIII demande à son frère « Connaissez vous rien qui soit plus triste au monde que d’être des émigrés ? ».

Une deuxième scène se joue alors que Napoléon ayant abdiqué pour la première fois est en route pour l’île d’Elbe. Talleyrand au petit matin est chez lui, il y apprend les nouvelles et y reçoit tel un aristocrate d’ancien régime « pour son petit lever ». Il a signé la veille le traité de Paris et le retour de la monarchie est donc en marche. Talleyrand justifie le retour de la maison de Bourbon par une longue tirade.

Seule la maison de Bourbon pouvait rendre à la France la place qu’elle doit occuper dans le monde. Jamais on ne peut gouverner efficacement qu’au nom d’un principe et Louis XVIII est un principe, le roi légitime de la France et tout le reste est une intrigue.

C’est ainsi pour Guitry l’occasion de comparer les deux futurs souverains de la restauration. « La France n’a rien à redouter d’un monarque aussi fin. Je n’en dirais pas autant de son frère » Si en effet le règne des deux Bourbon est souvent confondu, il faut pour autant savoir opposer la finesse politique de Louis XVIII au radicalisme archaïsant de Charles X. Mais la scène n’est pas juste celle d’un jugement historique. La duchesse de Dino, maitresse de Talleyrand y égrène les nouvelles. Madame de Staël fait savoir qu’elle est rentrée en France. Chateaubriand est rentré lui aussi et a demandé des nouvelles[50] de Talleyrand. Guitry confirme sa critique par un trait moqueur : « Il croit qu’il devient sourd ! C’est parce qu’il n’entend plus parler de lui. » Les conversations s’articulent autour du retour des opposants les plus engagés mais le comte de Roederer interpelle le prince de Bénévent : « Avez-vous eu l’occasion de revoir des émigrés ? » Marquant un temps d’hésitation, Talleyrand-Guitry répond qu’ils « sont partis 800 et ils reviennent 50 000. Depuis trente ans, ces gens là ont tout oublié et ils n’ont rien appris. » Et par une formule lapidaire, il résume l’idée que l’on se fait de ceux qui rentrent : « Les émigrés sont les étrangers de l’intérieur. » Leur retour sur la scène politique française ne peut que poser problème. Si Louis XVIII a fait preuve d’une modération habile face aux Ultras dirigés par son frère le comte d’Artois, celui-ci devenu Charles X mit dans son règne un point d’honneur à vouloir restaurer la France d’avant 1789 tombant dans le ridicule de son sacre[51] et par des mesures, comme la loi du milliard,[52] cherchant à revenir sur les évolutions issues de la Révolution.

L’approche cinématographique de la question de l’émigration pendant la Révolution Française semble ainsi très orientée par une vision assez négative du groupe des émigrés. Les répercutions de l’ensemble des mesures de bannissement et de privation des biens voire d’exécution ont fourbi une image particulièrement violente. S’attacher même au sujet peut aussi avoir des conséquences imprévues. Ainsi a-t-on beaucoup taxé Philippe de Broca pour Chouans d’être royaliste. Malgré les deux siècles qui nous séparent des évènements, les sensibilités restent toujours très fortes et il faudra encore de nombreux travaux d’historiens et de réalisateurs pour appréhender, par la petite histoire, les destinées personnelles de ceux qui ont dû partir et pu parfois revenir.



[1] Jules Michelet dans son Histoire de la Révolution française.

[2]La contre-révolution en Europe 18ème-19ème siècles, Réalités politiques et sociales, résonances culturelles et idéologiques, Presses universitaires de Rennes, 2001. 300p.

[3] Les noblesses françaises dans l'Europe de la Révolution, Presses universitaires de Rennes, 2010. 602p.

[4] La formule désigne le retour des émigrés en même temps que l’occupation étrangère.

[5] « Pendant ce temps, le comte d'Artois se dirigeait à petites journées vers Coblentz, en suivant les bords du Rhin. Le long de sa route, il traversait des villes déjà remplies d'émigrés. Depuis plusieurs mois, c'est sur l'Allemagne, où … se portait la partie jeune et active de l'émigration. Tous ceux qui sortaient de France dans le dessein de combattre par les armes le régime révolutionnaire, fixaient leur résidence à Francfort, à Cologne, à Mayence, à Worms, à Coblentz, à Bayreuth, à Mannheim, partout où ils étaient sûrs de trouver asile à proximité de la frontière française. » in Ernest Daudet, Histoire de l’émigration pendant la Révolution Française, Paris 1904.

[6] Pour une étude plus complète du film voir Guillaume-Grimaud Geneviève, Le cinéma du Front populaire, Editions Lherminier, 1986 ainsi que Gauteur Claude, La Marseillaise de Jean Renoir, Paris, Ed. de la Femis. 1989.

[7] « Le meilleur sujet, évidemment, serait la vie actuelle : la victoire de mai, les grèves de juin. Ce serait magnifique, mais le film ne sortirait jamais. Alors, nous nous sommes rabattus sur l’époque qui offrait le plus de similitudes avec la nôtre : la Révolution française. » Jean Renoir, 1937.

[8] Le générique du film comporte d’ailleurs l’appellation « équipe technique et ouvrière CGT »

[9] Les fonds recueillis se révélèrent largement insuffisants et la production fut reprise par une société de production de type classique.

[10] Interview de Jean Renoir par Pierre Tchernia (bonus du DVD La Marseillaise).

[11] Martin Jean-Clément [dir.], La contre-révolution en Europe. XVIIIe-XIXe siècles. Réalités politiques et sociales, résonances culturelles et idéologiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001, 312 p.

[12] Chateaubriand, Œuvres complètes.

[13] 3ème couplet « Ma sœur, te souvient-il encore Du château que baignait la Dore ? Et de cette tant vieille tour Du More, Où l'airain sonnait le retour du jour ».

[14] Le roi fait savoir à l’électeur de Trèves qu’il avait jusqu’au 15 janvier 1792 pour disperser les rassemblements d’émigrés ; passé cette date il ne verrait plus en lui « qu’un ennemi de la France ».

[15] Pressés par l'ex-ministre Calonne et par les intrigues du comte d’Artois, la déclaration des deux monarques, après la fuite manquée de Louis arrêté à Varennes et ramené de force à Paris (juin 1791) est rédigée en Saxe au château de Pillnitz en aout 1791. Les souverains demandaient le rétablissement du roi sur son trône et de ne pas porter atteinte à ses droits. Ils attiraient l’attention de tous les souverains européens et les invitaient à « agir d'urgence au cas où ils seraient prêts ». L’empereur Léopold menaça, à titre personnel, la France d’une guerre.

[16] Léopold II meurt le 1er mars1792.

[17] Cette formule s'explique par le fait que le souverain habsbourgeois n'a pas encore été couronné empereur.

[18] On a déjà évoqué le jeune homme jouant au yo-yo, un autre personnage s’amuse, lui, avec un petit singe.

[19] Le comte d’Artois futur Charles X fut sans conteste le membre de la famille royale le plus radical dans sa lutte contre la révolution, autant durant sa période d’exil à la recherche d’alliance (instigateur de la déclaration de Pillnitz) que pendant la restauration à la tête des Ultras.

[20] Futur Louis XVIII.

[21] Le 5 novembre 1757, la bataille de Rossbach oppose l'armée du roi Frédéric II de Prusse aux troupes franco-impériales. Malgré un avantage numérique important (54 000 contre 22 000 hommes), l'armée franco-impériale commandée par le prince de Soubise, Charles de Rohan, est défaite, notamment en raison de l'assaut de la cavalerie prussienne.

[22] Le quatrain s’achève sur : « Prodige heureux ! La voilà, la voilà ! Ô ciel ! Que mon âme est ravie ! Mais non, qu'est-ce donc que cela ? Ma foi, c'est l'armée ennemie. »

[23] Le mariage de la carpe et du lapin, c'est à dire d'un poisson et d'un mammifère est contre nature donc vouée à l'échec. Cette expression française appliquée aux humains servait de métaphore au couple composé d'un noble et d'une roturière. Pour y pallier, le noble se voit dans l'obligation de donner la main gauche à l'épouse pendant la cérémonie, signifiant par ce geste qu'il ne transmettait son rang ni à sa femme ni à leur progéniture. Il est à signaler que si le noble donne sa main gauche, c'est parce que l'alliance normale entre deux personnes de même rang se mettait à la main droite.

[24] On peut avoir en tète les scandales financiers qui touchent la haute société entre autre l’affaire Hanau, l’affaire de l’aérospatiale ou enfin l’affaire Stavisky.

[25] Révolutions de Paris 1792 : Illustrations N°. 172, du 20 au 27 octobre 1792, p. 207 « Neuf émigrés ayant été pris les armes à la main furent amenés à Paris, jugés par un conseil de guerre et exécutés sur la place de Grève. Le plus âgé n'avoit pas 30 ans. ».

[26] Interview de Jean Renoir par Pierre Tchernia (bonus du DVD La Marseillaise).

[27] Le deuxième film, « Les années terribles » (réalisé par Richard T. Heffron), relate l’histoire de la Révolution de 1792 à l'exécution de Robespierre.

[28] Jane Seymour en reine Marie-Antoinette, Peter Ustinov joue le célèbre marquis de Mirabeau, et La Fayette interprété par l’acteur américain Sam Neil.

[29] « Adieu la plus tendre des amies ; le mot est affreux, mais il le faut ; je n'ai que la force de vous embrasser. » écrit Marie-Antoinette à Mme de Polignac.

[30] Victime des massacres de septembre 1792, on sait l’épisode de sa tête était promenée au bout d’une pique jusqu’à la tour du Temple où était enfermée Marie-Antoinette. Une littérature révolutionnaire abondante décrivait avec force détails macabres, la mise à mort, la mutilation, le dépeçage… Pour Antoine de Baecque, cette description morbide visait à « exprimer l’anéantissement du complot aristocratique » et à réprimer le complot féminin et lesbien de « la Sapho de Trianon ». Cf. Antoine de Baecque « Les Dernières heures de la princesse de Lamballe », L’Histoire, n° 217, janvier 1998, p. 74-78.

[31] Voir les travaux de Patricia Bouchenot-Déchin, chercheuse associée au Centre de recherche du château de Versailles. Par exemple sa conférence Marie-Antoinette et Fersen : réalité historique et mensonge romanesque.

[32] Redécouvert récemment aux Etats Unis, le document que le roi a mis plusieurs mois à rédiger se trouve exposé au Musée des lettres et manuscrits de Paris.

[33] Cette haine trouvera son paroxysme dans les discours de Saint-Just et de Robespierre, qui réclament la mort de Louis lors de son procès.

[34] On pourra se reporter aux ouvrages biographique d’Evelyne Lever comme au film de Pierre Granier-Deferre, L’autrichienne, 1989, qui montre la haine de la reine jusqu’à l’échafaud.

[35] Jean Sylvain Bailly (1736-1793) fut le premier maire de Paris et accrochant la cocarde au chapeau du roi le 17 juillet 1789. Après la fuite à Varennes, pour éviter l’agitation républicaine qui vise à obtenir la déchéance du roi et, à la demande de l’Assemblée, il proclame la loi martiale. Le 17 juillet 1791 il ordonne à la Garde nationale de tirer sur la foule des émeutiers c’est la Fusillade du Champ-de-Mars. Sa popularité, restée jusque-là à peu près intacte, tombe au plus bas. Il refusera de témoigner contre Marie-Antoinette ce qui provoquera son exécution.

[36] Edmond de Beauverger, Des constitutions de la France et du système politique de l'empereur Napoléon Paris 1852

[37] L’ancien époux de Joséphine, future impératrice, est resté célèbre pour le calme avec lequel il a annoncé le départ du roi : « Messieurs, dit-il en ouvrant la séance, le roi est parti cette nuit ; passons à l'ordre du jour. »

[38] Voir les Études Marnaises de la SACSAM 2010.

[39] Magistrat apparu sous la Révolution française qui personnifie le pouvoir exécutif au niveau d'un département ou d'un district

[40] Catherine Rihoit La Nuit de Varennes ou l'Impossible n'est pas français, Ramsay, 1982. 280 p.

[41] Réédités chez Omnibus en 2009.

[42] Titre italien choisi par Scola.

[43] François Ignace de Wendel (1741-1795) : propriétaire des fonderies d'Indret près de Nantes depuis 1779, il crée en 1781 – avec le maître de forges anglais William Wilkinson – les forges du Creusot puis découvre, avec l'ingénieur Jars, le secret de le fonte au coke à l'anglaise. En 1793, il émigre avec ses fils en Allemagne.

[44] Le personnage est évoqué dans Sylvie Dallet, « Faire ou subir les révolutions » Annales historiques de la révolution française n°347, janvier-mars 2007, pp. 168-175.

[45] Jean-Pierre Thomas, Jean-Joseph De Laborde - Banquier De Louis XV, Mécène Des Lumières, Librairie Académique Perrin, 2002, 380 p.

[46] Une liste très détaillée se trouve dans Table générale par ordre alphabétique de matière des lois, sénatus-consultes, décrets, arrêtés, avis du conseil d’Etat, etc… publiés dans le bulletin des lois et les collections officielles depuis l’ouverture des états généraux au 5 mai 1789 jusqu’à la restauration de la monarchie française au 1er avril 1814 par Rondonneau et Decle 1816.

[47] Il s'agit d'une libre adaptation du roman Les Chouans d'Honoré de Balzac. Philippe Noiret y interprète Kerfadec, Sophie Marceau sa fille, Jean Pierre Cassel le baron de Tiffauges et Charlotte de Turckheim la marquise de St-Gildas.

[48] Ce film de 1948 est du même ordre que Si Versailles m'était conté, Napoléon, ou Si Paris nous était conté. Néanmoins on ne peut oublier qu’il s’agit d’un film où Guitry cherche à justifier son action, surtout pendant la collaboration, à travers le personnage qui a poursuivit son travail avec toujours comme seul but de servir la grandeur de la France.

[49] Indiqué ainsi au début du générique.

[50] On sait l’hostilité entre les deux personnages qui fit dire à Chateaubriand dans les Mémoires d’outre tombe à propos du gouvernement dirigé par Talleyrand en 1814 qu'« il y plaça les partners de son whist ».

[51] Voir la chanson de Pierre-Jean de BERANGER « Sacre de Charles le Simple » 1825.

[52] Loi de 1825 cherchant à indemniser les émigrés qui avaient perdu leurs biens confisqués et vendus par la révolution. Le plus grand bénéficiaire en est le comte d’Orléans futur Louis Philippe.

Dernière mise à jour : dimanche 15 janvier 2017 - Plan du site - ISSN n°2107-6979

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