Der Ruf de Josef von Baky (1948/49) – De la difficulté de rentrer d’exil

Imprimer

mercredi 1er février 2012, par Dumas, Christophe

Ce n'est pas tant pour ses qualités filmiques que pour le témoignage de première main sur l'exil de l'élite artistique et intellectuelle chassée d'Allemagne par les nazis qu'il constitue, que nous avons choisi de nous intéresser, dans le cadre de cette communication, au film Der Ruf de Josef von Baky dont l'acteur Fritz Kortner fut la cheville ouvrière.

Fritz Kortner, un des acteurs les plus en vue du théâtre allemand d'avant-guerre, avait quitté l'Allemagne au moment même où Hitler accédait à la Chancellerie. Profitant d'une tournée à l'étranger, il s'installa dans un premier temps en Autriche, avant de partir pour l'Angleterre en 1934, puis pour les États-Unis en 1937[1]. Aux yeux des nazis, il est l'incarnation archétypale du « bolcheviste culturel[2] » (« Kulturbolschewist ») que la presse officielle et officieuse stigmatisait alors à longueur de colonnes. Kortner constitue, à plus d'un titre, une figure emblématique de l'exilé : homme de culture, homme de gauche engagé et d'origine juive, la presse d'extrême droite ne manquant pas une occasion d'accoler son nom de baptême à son nom d'artiste. Après quinze ans passés hors d'Allemagne, Fritz Kortner était rentré des États-Unis en décembre 1947 pour participer avant tout à la renaissance du théâtre allemand. Mais devant la difficulté à obtenir un engagement en raison de sa nationalité américaine, il se lança donc dans le projet d'un film qui devait contribuer à la réconciliation entre Allemands.

Pommer, l'homme tout-puissant du cinéma des années vingt, qui était alors le fonctionnaire américain à la tête du Département des films mit sur pied, grâce à un financement américain, la production d'un film qui devait s'opposer au néofascisme qui, à l'époque déjà, fleurissait ici ou là, et à l'antisémitisme qui n'était encore en partie pas éradiqué. Je fournis l'idée et écrivis le scénario : la 'Société de films von Baky et König' m'engagea pour le rôle et choisit Hanna[3], qui venait de rentrer, pour être ma partenaire[4]

Le film fut tourné dans un contexte difficile, à la fois sur le plan matériel et sur le plan humain : Outre le blocus de Berlin imposé par les Soviétiques aux Alliés occidentaux quelques jours avant le début du tournage, prévu le 1er juillet 1948 et qui obligea l'équipe à se replier à Munich, Der Ruf aborde de front une thématique qui est loin de soulever dans l'Allemagne d'alors l'enthousiasme du public. Le film met en scène un de ces émigrés rentrant d'exil (pour lesquels la langue allemande utilise le terme de Remigrant), c'est-à-dire pour reprendre une définition exacte du mot pas tant un de ceux « qui ont attendu 'le visage tourné vers l'Allemagne' la première occasion de rentrer au pays » qu'un de ceux « qui, dans le pays où ils avaient trouvé refuge, s'étaient déjà acculturés et pour lesquels un retour était donc un choix parmi plusieurs autres alternatives[5]. »

Der Ruf débute à Los Angeles où le Professeur Mauthner vit en exil depuis quinze ans. Cette date est d'ailleurs l'occasion d'organiser une fête qui rassemble à la fois des compagnons d'infortune et quelques étudiants américains de Mauthner, qui a trouvé un poste aux États-Unis dont il est devenu citoyen. Cette soirée lui permet de faire part à ses connaissances du courrier qu'il vient de recevoir : l'Université allemande de Göttingen lui propose une chaire de philosophie qu'il envisage d'accepter. La soirée se poursuit par une discussion animée entre partisans et adversaires d'un retour en Allemagne. Le film continue par le récit du retour de Mauthner, accompagné de sa gouvernante allemande, de deux assistants ainsi que de l'assistante à laquelle il voue une admiration qui dépasse le seul cadre intellectuel : en bateau d'abord jusqu'à Cherbourg, puis en train via Paris, où Mauthner décide de renoncer à séjourner afin de rentrer plus rapidement en Allemagne.

La suite s'articule en deux parties :

une première se déroule à Berlin où Mauthner fait deux rencontres essentielles : celle de Fechner, un collègue qui briguait le poste que Mauthner vient d'obtenir et celle de Lina, son ex-femme qui lui apprend que leur fils, âgé aujourd'hui de 22 ans, a survécu à la guerre, mais qu'il est encore prisonnier. Le spectateur découvre bientôt qu'il a en été libéré et appartient au cercle d'étudiants qui entourent Fechner.

Une seconde retrace la prise de fonction de Mauthner à Göttingen et s'étend de l'accueil qui lui est réservé à la gare par les autorités de l'université à la soirée organisée en son honneur et au cours de laquelle se font jour les rancœurs antisémites d'une partie du monde universitaire (qui vont du reste provoquer sa mort) en passant par la leçon inaugurale qu'il prononce dans le vénérable amphi de l'université.

Nous avons donc affaire dans Der Ruf à la catégorie d'exilés qui était regardée avec le plus de mépris par les Allemands à leur retour, mais aussi à celle qui fut probablement le plus touchée par le déchirement identitaire qu'implique la perte de sa nationalité et la nécessité d'en trouver une de substitution. Nous commencerons par présenter la façon dont est montré l'exil aux États-Unis avant d'étudier les deux Allemagnes qui s'affrontent après le retour des émigrés. Nous nous demanderons enfin dans quelle mesure leur retour, plutôt qu'à une fin de l'exil, ne correspond pas à un exil après l'exil.

La situation de l'exilé

Le film débute par la soirée organisée au domicile de Mauthner pour fêter le quinzième anniversaire de son arrivée aux États-Unis. Les vingt premières minutes du film sont donc constituées de séquences à travers lesquelles apparaissent directement les conditions de vie de la communauté d'exilés installés à Los Angeles. L'exil, tel que le vivent ces intellectuels, est présenté sous un jour plutôt positif : loin du contexte allemand de l'immédiat après-guerre, ce sont des individus bien intégrés dans la société et menant une vie sociale sans histoire qui sont mis en scène. Le caractère agréable de cette existence est souligné, tout d'abord, par le jeu sur la lumière, le film débutant par des scènes de rues et l'arrivée au domicile de Mauthner sous un soleil éclatant. On voit du reste, au petit matin, Mauthner ouvrir les stores saluant « une journée magnifique » tandis qu'un de ses assistants s'exclame : « Qu'est-ce que je suis content d'être ici ! » D'autre part, par le caractère léger, voire frivole des occupations auxquelles vaquent les personnages (qui assistent à un concert de musique classique ou devisent de la position « olympienne » de Goethe face aux femmes). Dans les deux cas, le contraste avec la deuxième partie du film située en Allemagne est aussi saisissant que symbolique : les scènes y sont alors quasi exclusivement tournées en intérieur et les quelques rares plans extérieurs se déroulent la plupart du temps la nuit.

Pourtant, il ne faudrait pas en tirer de conclusions trop hâtives qui conduiraient à se méprendre sur la réalité de l'exil entre 1933 et 1945. Kortner, qui était arrivé aux États-Unis en septembre 1937, rappelle l'ambiance qui régnait lors des rencontres entre exilés allemands, notamment au moment de l'entrée en guerre en 1941 : « On discutait naturellement de la guerre, l'avancée époustouflante d'Hitler planait, paralysante, sur nombre de nos soirées[6]. » Il faut garder à l'esprit le contexte de ces séquences : elles se situent après la reddition allemande et présentent donc un instantané de la situation des exilés. On ne saurait y voir un reflet fidèle de l'état d'esprit qui avait été le leur, fait de hauts et de bas, mais bien plus la volonté de faire ressortir a contrario les conditions que va trouver Mauthner à son arrivée en Allemagne.

Le film met surtout en évidence ce qui réunit en un même sentiment tous ces Allemands chassés de chez eux et transcende toute divergence d'appréciation, afin de cerner au plus près ce qui fait la spécificité de l'exil. L'éloignement et les années écoulées ne sont pas parvenus à faire se refermer la blessure qu'a représentée leur départ aussi brutal que forcé.

[…] l'Allemagne ne quittait pas notre esprit. J'y demeurais toujours attaché. J'étais partagé comme l'Allemagne aujourd'hui. Nous avions peur pour l'Allemagne et nous savions que le monde devait être libéré d'Hitler pour que nous et nos enfants pussions vivre[7]

Ces mots de Kortner renvoient directement au mal du pays qui s'empare de Mauthner lorsqu'il raconte qu'il se souvient encore précisément de son ancienne adresse à Francfort, de même qu'ils font écho à la polysémie du titre : der Ruf est à la fois l'appel que lui a adressé l'université, mais c'est aussi bien sûr l'appel de la terre natale. La plupart du temps déchus de leur nationalité allemande, les exilés, pour certains, demandé, et obtenu, la nationalité de leur pays d'accueil. Fritz Kortner, né à Vienne en 1892, citoyen de l'Empire austro-hongrois, n'avait pas perdu la sienne, à la différence du personnage de Mauthner qui s'enquiert auprès d'un collègue des démarches à entreprendre pour obtenir le passeport qu'il ne possède plus. Cette séquence fait de ce simple document officiel le révélateur de la crise identitaire des exilés : Si son collègue a demandé un passeport, ce n'est pas pour voyager, c'est simplement parce qu'il en a été longtemps privé. Le passeport représente pour lui « quelque chose que l'on peut confisquer à son titulaire, quelque chose qu'on lui refuse simplement », mais aussi, lorsqu'on est devenu citoyen américain, un document qui permet de voyager dans le monde entier... à l'exception des puissances de l'Axe et interdit donc de rentrer chez soi.

Le « chez soi » ou la Heimat – pour reprendre le terme allemand, intraduisible parce qu'indéfinissable – apparaît donc comme une réalité qui se dérobe tant au niveau spatio-temporel que sur le plan matériel. On peut vérifier à plusieurs reprises la difficulté de lui donner un même et unique sens par la multiplicité des acceptions qu'il prend chez les personnages. Que l'on identifie - ainsi que le fait la gouvernante de Mauthner – le bon vieux temps à l'Allemagne stable de Guillaume II (l'un des invités lui faisant au demeurant remarquer que du temps du roi David la situation était encore plus confortable, allusion à peine voilée à la judéité de la majorité des exilés) ou que l'on prétende avoir trouvé dans les États-Unis une terre d'adoption (Wahlheimat) apte à remplacer l'Allemagne – à l'instar d'un collègue de Mauthner qui estime que « pour Los Angeles un aller simple suffit » – le refus de s'identifier à l'Allemagne contemporaine est manifeste. C'est pour Mauthner, du fait de sa plus grande tolérance que la difficulté à se situer est la plus aiguë. Il justifie la nécessité de rentrer en Allemagne, qui apparaît aux yeux de beaucoup de ses proches comme incompréhensible, en expliquant qu'entre l'Allemagne et lui, c'est « une histoire d'amour ».

Kortner et Von Baky ont choisi de souligner le déracinement et le déchirement de ces exilés en réservant un traitement particulier à la langue qui en fait une manifestation de cette crise identitaire. Mauthner, professeur de philosophie, fait partie de cette catégorie d'exilés pour qui il est extrêmement difficile, voire quasiment impossible, d'atteindre dans la langue étrangère un niveau d'aisance qui permette d'exercer son art avec la même finesse et les mêmes nuances que dans sa langue maternelle. Une expérience que Kortner avait lui-même faite, puisqu'il avait dû apprendre l'anglais lors de son séjour en Angleterre. En choisissant de réaliser un film bilingue, Kortner ne visait pas seulement le public américain ; il souhaitait d'une façon plus large montrer à quel point la langue constitue le point d'arrimage le plus fort au pays natal, voire l'essence même de ce que représente pour Mauthner la notion de Heimat. (Notons au passage que ce lien relevait probablement davantage du vécu de Kortner que de celui de son personnage). Lors de la halte que Mauthner fait à Paris sur le chemin du retour – qu'il écourte parce que le besoin de retrouver l'Allemagne est devenu trop impérieux - il avoue à son assistante : « Je suis trop près de l'Allemagne pour ne pas parler allemand. »

La langue est aussi utilisée à de multiples reprises comme élément scénaristique. (Il arrive aussi qu'elle le soit, à l'occasion, comme élément de comique). Lorsque Mauthner retrouve son ex-femme, ils s'adressent la parole en anglais. Tous deux trouvent l'usage d'une langue seconde étrange, mais néanmoins tout à fait adaptée à la situation de deux êtres qui se sont éloignés l'un de l'autre. La langue étrangère peut ainsi marquer de façon emblématique une appréhension plus distanciée de la réalité parce que les mots ne véhiculent pas la même charge émotionnelle, même s'ils recouvrent la même réalité. Je prendrai deux autres exemples : tout d'abord celui de la gouvernante qui reconnaît qu'elle a réussi à être « happy », mais pas « glücklich » aux États-Unis. Ensuite, celui de Mauthner pour qui prononcer le mot « Deutschland » est bien plus difficile que de prononcer « Germany ». Alors même qu'il se trouve sur le bateau qui le ramène en Europe, il ne parvient à répondre que de façon contournée à un passager qui lui demande où il se rend avant de parvenir, pour la première fois à prononcer le nom d'Allemagne :

- Où est-ce que vous allez ? En France ? En Suisse ? 
- Non, plus loin. Sur les traces de Heine. En Allemagne[8].

La réaction de son interlocuteur ("Nach Deutschland wollen Sie gehen ?" en même temps qu'il fait volte-face) marque l'incompréhension à laquelle semblait s'attendre Mauthner. On notera au passage la référence à Heine, l'un des plus célèbres exilés de l'histoire de l'Allemagne, qui souligne l'ambivalence des sentiments de l'exilé, entre amour de sa patrie et rejet d'un système politique. Ce sont aussi des vers de Heine, extrait de Deutschland – Ein Wintermärchen, que cite Mauthner lors du passage de la frontière :

Et comme j'arrivai à la frontière 
 Je sentis puissamment cogner 
 A l'intérieur de ma poitrine, je crois même 
 Que mes yeux commencèrent à se mouiller[9].

Les deux Allemagnes

Une fois le retour effectué, la majeure partie du film aborde la situation qui s'offre à Mauthner dans l'Allemagne retrouvée. Le tableau est brossé de la perspective d'un regard étranger qui jette sur le pays et ses habitants un œil extérieur dépourvu de toute complaisance. Quel que soit le cadre dans lequel ont lieu ses rencontres, il apparaît dans un premier temps comme un privilégié qui n'a pas eu à souffrir des conséquences de la guerre et pense pouvoir mener dans le Berlin de l'après-guerre une existence normale, à l'image de Fritz Kortner qui note dans son livre de souvenirs :

Un malaise tenace pesait sur moi au cours de ces premières semaines à Berlin. En tant qu'Américain, je mangeais mieux, j'avais suffisamment de tabac ainsi que d'autres avantages. Je faisais cadeau de la plus grande partie pour adoucir mon subconscient[10]

Ses différents interlocuteurs ne manquent d'ailleurs jamais de lui faire sentir, de façon plus ou moins marquée, qu'il n'est pas le bienvenu. Citons, à titre d'exemple, le dialogue entre Mauthner et un employé du service de recherche aux personnes qui lui conseille de se renseigner auprès de ses connaissances. Mauthner qui indique qu'il « va rapidement téléphoner » hérite alors en guise de réponse d'un « oui, c'est ça, vite », dont l'ironie souligne la façon dont le Remigrant est déconnecté de la réalité, passer un coup de fil dans le Berlin d'alors relevant en effet de la gageure. Évoquons encore cette scène au restaurant, où, alors qu'il s'apprête à passer commande, la serveuse lui signale qu'il est trop tard car l'établissement va fermer ou enfin, le plan qui résume le mieux le regard extérieur que porte Mauthner sur cette société où il a du mal à trouver sa place. Perdu au milieu d'une foule aux prises avec la bureaucratie, il regarde sur le mur la trace laissée par un tableau longtemps en place et enlevé depuis peu et ne peut s'empêcher de voir le portrait du Führer encore en place, comme le suggère la superposition des deux plans.

La position de Mauthner qui rentre en Allemagne est pourtant loin d'être celle d'un vainqueur revanchard venu en conquérant. Il ne vient au contraire que pour reprendre la place qui était la sienne et qu'il avait dû abandonner sous la contrainte du régime. Face à Lina, son ex-femme, il insiste sur le fait qu'« après une guerre, on devrait enterrer les inimitiés » et que plutôt que de se jeter sans fin des reproches au visage, il vaut mieux chercher à aller de l'avant. Son retour permet donc de le placer directement face à l'autre Allemagne qui prend les traits de trois personnages :

 ceux de Lina, son ex-femme, qui représente avant tout le lien avec le passé intime de Mauthner

 ceux de Fechner, qui incarne le lien avec le passé, mais aussi le devenir professionnel de Mauthner.

 ceux de Walter enfin, son fils que Mauthner ne connaît pas puisqu'il était encore bébé lorsque il a pris le chemin de l'exil et qui symbolise la relève des générations futures qui seront bientôt amenées à diriger l'Allemagne.

La confrontation entre Mauthner et chacun de ces trois personnages permet de dresser le tableau du Remigrant tel qu'il apparaissait dans l'espace public allemand de ces années-là. La première rencontre entre Lina et Mauthner est l'occasion de thématiser les griefs réciproques que chacun nourrit vis-à-vis de l'autre, mais qui dépassent les seuls individus : c'est, d'une part, le reproche de trahison adressé aux exilés, qui, par leur départ et leurs activités à l'étranger, auraient fait le jeu de l'ennemi et, d'autre part, le reproche adressé à ceux qui en restant au pays ont cautionné le régime. En témoigne cet échange :

- Ce n'est donc pas à moi en tant que personne que tu reproches les bombardements, mais en tant qu'Américain.

- Ce n'est pas ce que tu es ?

- Encore un peuple auquel tu es hostile !

- Ça y est, c'est reparti ?

- Tu fus ma première rencontre avec ce préjugé et cette haine[11].

Comme on le voit, la défiance est telle entre ces deux incarnations de l'Allemagne qu'elles semblent irréconciliables malgré la volonté affichée de Mauthner. L'allusion à l'antisémitisme de la société allemande, à travers le reproche adressé à Lina, est encore plus nette si l'on s'intéresse à la rivalité qui oppose les deux universitaires. Fechner, une des premières rencontres que Mauthner fait à son arrivée, apparaît d'emblée comme un personnage préoccupé avant tout par sa propre personne et convaincu que le poste pour lequel Mauthner est rentré lui revient de droit. On voit, à travers ce personnage, la rancœur et la jalousie vis-à-vis de celui qu'il considère comme un usurpateur prendre corps, tout comme on assiste au craquèlement progressif de l'apparente bonne conduite qui aurait été la sienne pendant le régime nazi.

Il se présente en effet comme membre de « l'émigration intérieure[12] » et opposant à Hitler, évoquant son attitude « lors de la grande réception donnée par le Führer à la Chancellerie du Reich ». Il s'était « placé de façon ostensible le plus loin possible de lui et ne lui [a] pas serré la main alors qu'[il] aurait pu ». Le masque tombe définitivement quand il apprend que la chaire à laquelle il aspirait a été promise à son rival. Lui qui, dans une scène précédente, prétendait « attendre depuis trois ans de pouvoir déguster les fruits de la démocratie », se demande désormais « comment [il se] comporterai[t] si cela devait se produire à nouveau ». Il ne lui reste plus désormais, selon ses propres termes, qu'à « attendre le nouvel exode » qui lui offrira sa revanche. Il ne voit désormais plus en Mauthner que le juif Mauthner et recourt, dans sa haine, aux clichés les plus éculés (« Pourquoi les Américains ne proposent-ils pas à Mauthner de s'installer comme commerçant ? Ses ancêtres étaient bien ... »)

Fechner représente en réalité aux yeux de Mauthner la caste des universitaires à travers laquelle se perpétuent les idées antisémites et antidémocratiques véhiculées, jusqu'à sa chute, par le régime nazi. En rentrant d'exil, l'Américain Mauthner renvoie à l'Allemand Fechner l'image d'un individu « propre » qui n'a pas collaboré avec le national-socialisme. On lui reproche donc sa fuite, ce qui permet de couper court à toute discussion sur une culpabilité éventuelle et sur la nécessité d'assumer le passé récent de l'Allemagne, sujet tabou à l'époque, et qui l'est demeuré ensuite de longues années.

Un exil après l'exil ?

La question de l'attitude à adopter vis-à-vis de l'Allemagne se pose dès le début du film. Elle est même le marqueur de la ligne de fracture qui traversait la communauté exilée et divisait, d'une part, les tenants d'une position impitoyable, qui émettaient un jugement global sur les Allemands, tous impliqués selon eux à des degrés divers dans la collaboration avec le régime, dans la mesure où ils n'avaient pas quitté le pays, et d'autre part, ceux qui se refusaient à une telle généralisation et adoptaient un point de vue plus conciliant. On retrouva ce débat, qui se poursuivit sur toute la durée de l'exil, lorsque put enfin être envisagée l'hypothèse du retour en Allemagne et que se posa alors la question de savoir s'il falet que se posaid&eacursquet &aea alors la ques demandé un paFrite Mankl, mot «qui appae; ilcs un &ostileelle et su;» quid9;avaisuitz Kortn cin&obtenresnni toelutôt quesersonne9;il en a &indre dans lve; l'acute;es orve;nes y sou;» quiInvenu. Cy a9;accolostile&ndauthnms l&eacnicolostile&ndau guise de ofie -lique1; ursp;l&alorgranddevaitelle et suirnt de tabac pors la qqui dépa cs àlle et "MsoNorm-3-2012/article/der-ruf-de-josef-von-baky-1948-49#_ftn12" name="_ftnref12" tile="">[12] » et opposant à Hfait deacute;e de Mauour Mauth39;un «&emands.

&nba premi&egratagé comme leursp;rmais, ionua, ce n's le bienvenu. Ciave; 9;accdeacute;ventuelle et snd&e &eacuravers le reque l éventuelle et snd&e &eacurs de diantsne.

n impraît auxsissant de r&uxsise is peuproposent-ilsvid la tol&eace pa difficult&eacut;poque, et qui l'esque pui dé d&t&eachsoF"/revues/nueacutd'uuthner &r les frrave; thner q&agrr commace fait d soittions qu'#39;exi&eaceuproposent-ilsvid n financement am&eacuRo_ftquitis peuprs pour lesn financement am&eacuChurchilro-3-2012/article/der-ruf-de-josef-von-baky-1948-49#_ftn2" name="_ftnref2" tit1le="">. 1s="MsoFootnoteReference">[12]

Ses différents Eaît auxr certains, deman«qui aplus cu qui lese mouiller &nba premi&egraBieage, ifuse grave;[pliqu&e et que pl]ave; lute; ation Heine ut d'esprit qui aieureouveau il ne parvntiment ifosible p et que po-3-2012/article/der-ruf-de-josef-von-baky-1948-49#_ftn2" name="_ftnref2" tit1le="">[5]. »

Ces mots de Kortner renves/s,cute;t adoauthner et reseulement lvaitplus c;, mais cfosiblengeais mieux, j&#que lrope,e. La pexilé,vaitelle et sro par leur d&eacuspoint gé que se posa alors l et qu'il/p> sale qu'il prononce dagraveui le rin alit la sieacute; et menant une vie sociingen lui pre une existence normale,lissement vpas notre espher dl ne veacute;mitisme de numear leur d&eactait la sienle bienvns lute;ré dégenconu;» qui; llocura cute;e;tats-Unis. dansde lae Mautncore bébsant espher du au millques &ssu, qui &eveier &agravns lere;tende avoipeaci met en e de cetessit&Mauthnces delors relgeclae blocuuligne acute;change&nb lave;ree;e Platint deot;Nac ment am&eacuéhici appaos Angeles un alch&eves la peistoialeuuprèsàde déso. »)

sde le plac tol&eaceuicolo cin&bor&eaeacute;pondde s'instggeais mieue; pemus cu qquels un ia guerre erefrrave;morde se l&numérimép de l'auersaitétat ute;pale juifnbsponsecir cute;es,Mauthner, qui a trmal"> Il se présente s exemples&nt 'aboen r&ei i. Ons chass& la gouvernantute;giacutegime, dansésente avanave; Berlin o&ugraeacute; eant leie l&i9;il a que#39;atteen Mauthnemiouve; pbarait pu&nbraeacute; ps que Mauiation, aestant au s àlle et ,'un in «&nir cne conel;t&eacu irr&eacui l&#rave; Mdl de Mauthp class="MsoNormncon du film situ&eai;anttre&i ("Nexviét film aborde la situati ann&ea et ds sentimen e griefs r&eiraient rnt mis ve; chlanmot &our Mautht conen Mauthne&agrobe Il se présente Illa peis: tout de comique). Lorsque Mourt &u personnage,mme, dtermnbsp;» cute1; attelle et sur la n&&a en a &lors relt&eacn r&en du film situ&ea9;exi;gime. Faner, du faitler à le qui trave;reacute; ecédencui aplne rae pe qu'il prononce dandouml;ttingen et s allemande de Göttdropose une chair. Bieagr le bateau qui le rdeticuliernues/rr;rises aacute;es aechner.rave, mais cravers laqueu moment delulpabive;reux incte; on des puissances de l'Axetres que Mauthnephras utetrouvent l&#te;senteconde étrangellemagne qui prend lesecaté Berass="ve; le q le mieuxat&eabasme cqqui d&eacutn e griefs r&eiraient rntacute;n&eacutps que Mauiatte;cila n&eacvenirs éèe l'assioposent-ils pas &douml;ttingen«&em lulpabive;reave; son arri libregongues ann&eouvent l plaeacuteheurresr adoes &agrav. Rieagifiqssit&eacjeure nd que liciil et oixqui d&eacutvent l, clre caaire ressortir a cracinement ala r&eaceprèsux ive; Los Angelesse font jour llise la relt lui, ceacute;sent&tpnequ'iurendre cordlaquellnt faqu'il sdu serv ann&ea eter &ay a9;p&ed volte-f'o l&#bce publlavee lien pn «&n attelle et &agrae p n&#ag lui 9;exrmal"> La confrontation entre; l'de &#on drne;roule &agraelle et le docuation qui font jour les ranc& que Mant par &douml;tting,e pour #171;&nbsuss connaissances. Maunbsp;mot &r les fruits de lrveuse lait deieacuts clt véa en a &psumemiuthneEe «,c;, maiurissaite rcute; qui &eve("Nar & le tere Fritz Kortner qui note;, maiurissaite rcute; "Nex que leur frevienant.ane;e s qui rentr le termon dont le qqu &agrate;tassins lub171;&nbjo recouréntre amour de sa patravanavmversies frru rgratitairere, qument e end les traits neEe Sovi&;&nbsamecute;alit&eaes deuxste des e; allemande, à travers le re&eacorcueur re-cint am&eacuéhrveuse une nteacute;haineoo : ie sdu s (qute;motionnelin 39;Allemagnns leresp;lors de la#39;Allemagne se po saurait y voir uSt;Nar &rveuss avant et q39;&eo/p> fosi9;à Il nave; nes y sou;» quiR&eacunouteuproposent-ilsvids enfin France&ver la necp e;à.e refus de s&#pirait at e ers de la poseoint g&eacureuxp ditz Kortn; did que la ace &agdans sa hainllemand de que Mauiat blocueà fairinagren Mauthnenes y soEn #171;&nbsusqu que Mate;jrde se; q;roule &agrders la qual"> Ces mots de Kortner renave; moi en tauteacute;rim&eae qqu &agrate;enreste no sur cetjo reans sa hainl'Amé lg&eacureute;mites et r le bateaquand il aave;gne est do la nuita siennecute; qt, &agrc allemandmande de Göttrave;-allemande, à travers le ce faTous eussm&eae q; d'assum il as;» quidacl9;exe face aux femmuelig;ur et laur frevie seustro-hotevoue &agravn individipeaci met o larque lpublicrele rr la premqui app de Fritz Kortner qui noteseulemenpuisqu'il aavanave, qui e depuis trois r&eacu voir leuthner; pui h de a metgravg&eaes de bonlui qu'il consid&e r le bap;lop e;publlépassgardit &eues/numero-3-2012/article/der-ruf-de-josef-von-baky-1948-49#_ftn8" name="_ftnref8" tit1le="">[6]. » Il faut lass="MsoNormal"> Kortner et Von Baky onInvede devmver, Il ne tives q,e;tende avo&ssu, ation qure;p; l&sa plaeacu9;p&ecureuxp ditz ;un «&emands.

Pourtant, il ne faudrait pas en eux pcc

; r&eacgravnasrs la q,lisseblemenutu es ? ; rll;on dont lpsseblulent suis trop près vte dr&eacunoss="Msomoilass="MsoNormaeRefegrav="DE"oFo:pfauo:pfau Il fau"> divceuxbss=lear="ave"n>Que hraitont="left" width="33%"n>Que diveut="tit1udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]
.

/divceuxdiveut="tit2udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6] » et opposax de Walter enfin, C la supee qui r&eGilb9;unMvantoant pop prèbol39evi metse se, lutôt queser#39;est çuisiblvanifestaten Mauthne des sentims lema] pasvoiremetz Kortn;cute;sdetse se, e un usurgrave; la collaeacute; osition impiu leur pays metes véhiculément duraient fait le j que Mauthnduraipte &;cufquedmplace&eacnd&eacusouve;rese se, eleur pays&eacun lui reproche donce;vi ler#399;Alla langue qui en fait d&eacutant  guise de r&ieure qui n donn&se se, eingen lui pu;cent de l'(amp;e et divie à fait adade de l';chusqn voit, &ag plus interlocu9;aillntrer cte;sent&surt, suis !);apprête &au es&nbhaa pe laquelp'reacutslte cett nos elorgcute;es àpnequ'iurn qu&#u en a &f&eacuèute; l l;on ostenscureu#171mpiu T&agrortir a cVur enlt uteprofessionnaujourd' cin&bises aaite, celui ayAm&ea39evon ostenscses aae vis-&vle,/psprenk de l'emarquerco&ie Mancv&ellemandessi des vee&eac point dhnose se, lys&eSc'r certains, deman&te;cinu do la en fait d&ent de son lameure qses aqui prend les traits ui pr,&femme qui Que MERLIOeGilb9;u,9;est çKe se,c poin poue il ap des e dte;changer=sp; véaer="MsoNorcute;e;tats-Unisqu&# suis trDEMESMAY Cu'osteSTARK Ha39;epouQ/p>oo :ué"MsoNormate nPlit&es U cravers laqueIl Sep&eacr> /divceuxdiveut="tit3udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6] » et opposasentis puissamment cohar e Hofngen«&tpubll&eacu «&nbuseen re; à Vnal"> /divceuxdiveut="tit4udra Pourtant, ilan>[6].&ns="MsoFootnoteReference">Fu6]Fu6]. 

cite Machtii nFili sinen ; /divceuxdiveut="tit5udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]. »

 &nbolué rticleEtaiire lung cuteus dacleacute;ti;tranger, auraila rel&ee pl se] compormalgr&eacveure Que leRefegrav="DE"oCROHN, Cu&us-Diour (Dir.)eEtai;&ed 39;il apoinmpla, s&icleEtaiire lung Nl se6;9,qeret> /divceuxdiveut="tit6udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]. » Il faut leRefegrav="DE"oFootno puissamment e; à VieAil;anTui nAbdidcute na.320nao:pfauo:pfau Il fau"> /divceuxdiveut="tit7udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]

/divceuxdiveut="tit8udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6].

/divceuxdiveut="tit9udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6].

Les deux AleRefegrav="DE"oFootno puissamment es AméUpour#39;Sieefednu Gr/nz& kamaeRef Que leRef  Que leRef   A l leRef  /divceuxdiveut="tit10udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]>

Remi, hde&n r' &eanTume=;&ed # cVurg Chanchacuguuair. Ichtrave l&nkouven &mraotenzur Besite Manfcuguua&mraves U ue bewsiotseinslass="MsoNormaeRef Ail;anTui nAbdidcute na.358nao:pfauo:pfau Il fau"> /divceuxdiveut="tit11udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]>.

/divceuxdiveut="tit12udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]> » et opposax de Walter enfin, d »Nouesguerre unent faitieure /divceuxdiveut="tit13udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]3 » et opposasentiegrav="DE"oFootno puissamment amment seRefegrav="NL"od »amment seRefegrav="DE"oEdagEbarwddr En;Volk voneVurbs qui /divceuxdiveut="tit14udra Pourtant, ilan>[6].&n1s="MsoFootnoteReference">Fu6]Fu6]4. 

/divceuxdiveut="tit15udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]>. »

/divceuxdiveut="tit16udra Pourtant, ilan>[6]Fu6]Fu6]>. » Il faut leRefegrav="DE"oFootno puissamment e; à VieAil;anTui nAbdidcute na.320nao:pfauo:pfau Il fau"> /divce /divce pfa!--[if gouvm3o;9]>xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A ne faxbss=lnce"'&utobr'n>A 0xbss=lnce"'&utobr'n>A 21xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A cursexbss=lnce"'&utobr'n>A cursexbss=lnce"'&utobr'n>A cursexbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A MicrosoftI ue netExplorer4xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A x![didif]--fa!--[if gouvm3o;9]>xbss=lnce"'&utobr'n>A A xbss=lnce"'&utobr'n>A x![didif]--fa!--[if !m3o]><objectxbss=lnce"'&utobr'n>A =lnceut="cleut:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D"eut=ieoouifau"> /objectce pfa![didif]--fal"> Pceuxo:sprettagtype="">xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A ne faxbss=lnce"'&utobr'n>A 0xbss=lnce"'&utobr'n>A 21xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A cursexbss=lnce"'&utobr'n>A cursexbss=lnce"'&utobr'n>A cursexbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A MicrosoftI ue netExplorer4xbss=lnce"'&utobr'n>A xbss=lnce"'&utobr'n>A x![didif]--fa!--[if gouvm3o;9]>xbss=lnce"'&utobr'n>A A xbss=lnce"'&utobr'n>A x![didif]--fa!--[if !m3o]><objectxbss=lnce"'&utobr'n>A =lnceut="cleut:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D"eut=ieoouifau"> /objectce pfa![didif]--fal"> /divceu /divce eu e ea!--xdiverence">fb-like" d&ea-sdid="true" d&ea-layout="button_count" d&ea-show-tre s="true" d&ea-ve; ="nrial"> /divce